Photo © Suzi Medeiros

Sois toujours poëte, même en prose

18 novembre 2010

Poésie urbaine

Entends-tu cette poésie urbaine?
Cette jungle qui jongle
entre rêves et cauchemars,
entre millionaires et clochards,
entre lumières et Couche-Tard

Entends-tu ses mots qui tiquent?
Ses rythmes et picotements
en forme de tic-tac qui frappent
comme un marteau-piqueur dans le ciment,
c'est que cette poésie est crue,
et va direct au but,
comme une puck sur la palette du Rocket

Cette poésie urbaine

Traverse ses ruelles qui débouchent
sur des continents en temps virtuel,
respire ses parfums culturels
qui nous murmurent une ouverture d'esprit surhumaine,
sûr d'elle-même cette poésie
nous charme comme une silhouette de femme sur muralle,
mais derrière chaque gratte-ciel se cache un gratte-cent

et à cela j'entends ses maux et maux de têtes,
ses gens maudits qui brandissent leurs mains
tout en maudissant le monde dans lequel
ils se sont vu naître,
ses maux de ville
qui n'ont rien d'un vaudeville,
ses millionaires débiles
qui exploitent sa masse
à en laisser des marques indélébiles,
comme un graffiti qui défile

à cela j'entends ses mots créatifs
qui raisonnent comme une tonne de brique,
ses mots d'artifices qui descendent du ciel comme le Christ
et qui nous crispent en deux,
ses mots qui n'ont pas froid aux yeux,
ses artistes intenses qui dansent dans l'antre du ventre de la bête,
ses couleurs et ses éclats,
ses éclairs et ses coups de poing
qui frappent comme un point d'apostrophe

mais à cela j'entends ceux qu'on apostrophe,
j'entends ses maux en forme de claquement et de craquement de porte,
ces maux de mères en plein dedans le crack et qui craquent à la pression de se talonner à coups de talons hauts,
à coup de bouteilles brisées,
à coup de bouteilles à la mer,
sans compter ses maux de jeunes qui jeunent
recroquevillés sur eux-mêmes devant les parcomètres monstres de l'indifférence,
devant ses gens faisant semblant de ne pas reconnaître ses maux,
probablement trop aveuglés par les jeux de lumière,
ses mots illusoires

Cette poésie urbaine

À cela j'entends les mots Time Square,
des ''I'll make it here'' et partout,
ses mots de partouze, de veston cravate et de blouse,
et ses ballades de jazz,
ses mots d'oisiveté et son coeur d'ardoise,
ses éclipses qui n'arrêtent pas,
ses mots galaxie,
où l'on voyage d'hâvre en avenues en taxi,
cette jeunesse qui puise dans la Fontaine de Jouvence,
ses mots en louange,
en tour de pise et en carrefour à surprise,
ses carrefours giratoires,
ses carrefours migratoires,
ses carrefours qui roucoulent sans moratoire

Cette poésie urbaine

Et à cela j'entends ses maux d'empressement,
ses gens pressés et compressés dans le rouleau compresseur du temps,
j'entends ses maux en étoffe d'argent
qui étouffent ses gens,
à force de prendre des bouffées d'air louche,
ces maux qui callent et qui scalpent à en donner calvitie,
ses tempéraments qui s'usent à l'usure,
ses prises à la gorge d'usurier,
jusqu'à ce que ses maux s'oxydent,
dans cette part d'Occident,
dans cette part d'accident

Cette poésie urbaine

Qui rend mes pensées confuses,
celle qui me bascule sans cesse,
dans ses paradoxes et contradictions,
celle qui m'épuise à la longue
et m'essouffle en mental,
permettez-moi de me ressourcer en campagne

11 novembre 2010

Ô grand sceptique

Ô grand sceptique,
Que connais-tu aux visages tristes?
si ce n'est qu'une caricature défaitiste,
ou de la vie d'un artiste?
si ce n'est que subventions faramineuses qui n'aboutissent qu'à un disque,
Que vois-tu dans la politique?
si ce n'est que cynisme ou qu'un déguisement cachant flagrant manque de civisme,
Que connais-tu au ciel?
si ce n'est que sa couleur,
toi qui n'a pu le braver puisque tu marche sans ailes,

Ô grand sceptique,
toi qui marche la tête pleine de doute,
pleine de vision double,
et de détournements d'esprit qui te mènent à la tour de la déroute,
Que connais-tu aux forces de l'ordre?
si ce n'est que désordre de cohorte de crosse,
ou de la corruption profondément ancrée chez les hommes,
Que connais-tu de la mort?
si ce n'est que cercueil et morgue,
toi qui marche à morphe,
cloué au sofa avec le cerveau qui marche à off,

Ô grand sceptique,
toi qui s'indigne aux complots,
qui branle le sceptre du Watergate,
derrière chaque financement de condo,
et qui compte au compte-goutte toute tromperie,
jusqu'à ce qu'une chutte de généralisation s'ensuive,

Ô grand sceptique,
que connais-tu de la lumière?
si ce n'est qu'aveuglement,
toi qui marche dans la pénombre
et qui se bronze en pleine nuit sous les néons,
Que connais-tu au rap?
si ce n'est que mascarade et ignorance,
toi qui n'as jamais eu la chance d'entendre discours éloquent d'un être marginal,
Que connais-tu aux rêves?
si ce n'est que brève période de sommeil,
toi qui n'a jamais tenté l'impossible
et qui nous livre un discours d'être rationnel qui nous endort,
toi qui brise des espoirs,
pour insuffler désespoir,
toi qui brise mirroir,

Ô grand sceptique,
que connais-tu à la guerre?
toi qui n'a jamais combattu,
toi qui n'a jamais perdu une once de chair,
toi qui n'a jamais perdu une once d'un être chair,
toi qui fulmine, qui fume et qui filme,
sans être acteur pour autant,
Que connais-tu de l'amour?
toi qui n'aime que sa cours,
toi qui n'aime qu'en retour,
toi qui n'aime qu'en Norbourg,

Ô grand sceptique,
que connais-tu aux églises?
toi qui n'a même pas foi,
toi qui se sauve de la vie avec effroi,
et qui croit fermement aux tempéraments froids

Ô grand sceptique
sors de ton âge puber,
de ton cycle hivernal de jugement sans fond et fondement,
et morfond-toi à la vie au lieu de la confondre
et de te faire complice à son effondrement,

Ô grand sceptique
ton doute t'handicap,
toi qui osculte à la loupe tronquée,
pour laquelle tu fais écho,
et qui doute, et qui doute, et qui doute...